Entretien

Votre premier album, Europe, date de 1986. La plupart des jeunes nationalistes n’étaient pas nés, alors, même s’ils connaissent votre musique, ils ne connaissent pas forcément le personnage. Qui est donc le Docteur Merlin ?

Pour être tout à fait exact, entre 1981 et 1986, j’ai enregistré 3 cassettes ( Païen, Le vent mauvais, Persiste et signe) qui seront remasterisées en 2002 et regroupées en 2 CD ( péchés de jeunesse).
Tout a commencé pendant les écoles de formation de ce qu’on a appelé « la nouvelle droite ».
Nous étions quelques uns à pousser la chansonnette, et, très vite, nous avons écrit quelques textes pour égayer nos « veillées ». D’abord ce furent des chansons « mise en boîte », d’un goût pas toujours très sûr, façon monthy Python,puis l’idée nous vint d’en écrire des plus sérieuses et de nous forger un répertoire qui nous serait propre. Par la suite, grâce à celle qui allait devenir mon épouse, j’ai rencontré Paul Robert, directeur de la SERP ( la maison de disques de JMLP) qui cherchait un chanteur politiquement incorrect !
C’est ainsi que virent le jour un 45T ( Ahmed) et deux 33T ( Europe et Enchanté)qui parurent ensuite en CD, suivis de « Soleil de pierre » et pour finir, en 1998, « Dr Merlin chante Brasillach ».
La scission du FN en 98, puis la disparition de la SERP, ont été des coups d’arrêt les quelques années qui suivirent ne m’ont pas laissé beaucoup de loisirs.

Depuis cette date vous n’aviez rien sorti ! Pensiez vous avoir fait le tour de ce que vous aviez à dire ?

Une certaine dynamique avait été cassée, d’autres combats m’attendaient ou m’accaparaient. Je ne jouais plus qu’occasionnellement dans le restaurant d’une amie, pour quelques fidèles, ou dans quelque fête identitaire, en France ou à l’étranger.
De temps en temps, un texte me plaisait bien et la musique suivait, ou bien une idée germait et après quelques mois de maturation, se concrétisait.
Il a fallu plus d’une quinzaine d’années pour avoir la matière d’un nouvel album.

Vous êtes profondément païen et vous revendiquez parfois une rancœur non-feinte à l’égard du Christianisme. Ne pensez vous pas, quelque part, qu’en attaquant une religion que vous ne partagez pas, vous attaquez malgré vous vos propres racines ?

Comme le disait notre regretté E. Ratier, quand il y a le feu à la maison, on ne demande pas au pompier s’il est baptisé !
Etre païen c’est d’abord refuser la notion de vérité révélée, qui porte en elle les germes de l’intolérance et du fanatisme.
Etre païen c’est avoir une vision du monde, une esthétique, des valeurs (Honneur, Fidélité, sacrifice etc.). C’est aussi un référent fort pour un avenir Européen Identitaire, que je ne perçois guère dans les propos des ecclésiastiques.
L’Eglise a su ( ou « du ») perpétuer nos vielles traditions ( solstice d’hiver, fête des morts, feux de la Saint Jean) je ne renie ni nos cathédrales, ni les pèlerinages, et à Noël, je ressort ma crèche de petit garçon !

Serge de Beketch venait m’écouter chanter avec plaisir et j’ai quelques dédicaces de Romain Marie, et sur de très nombreux sujets nous nous retrouvions côte à côte.

Vous allez sortir un nouvel album, « Insoumis ». Qu’est-ce qui vous a poussé à reprendre la plume et le médiator ?

En fait, ce sont mes plus vieux « fans » qui ont fini par exiger un nouvel album, puisque depuis des années, ils voyaient s’enrichir, très lentement le classeur ou reposent mes chansons. IL a fallu deux ou trois années pour finir de composer quelques chansons qui me tenaient à cœur, puis une longue période d’enregistrement, de mixages, pour enfin arriver au résultat qui, je l’espère, récompensera la patience de mes auditeurs.

Votre style musical est très riche : à quoi peut-on s’attendre pour « insoumis » ?

Vous êtes bien bons dans vos compliments !
Nous restons, mes amis musiciens et moi, dans un style bien français de chansons à textes, de javas qui balancent de musiques plus « swing » (jazz Français !), quelques hommages musicaux à deviner, le tout gardant, je l’espère une grande cohérence.
Quant aux thèmes, c’est « carton plein » : la loi Gayssot, les valeurs de la république, la modernité, des textes de Gripari, Rollet, Henriot, leconte de lisle, et même une chanson « antifasciste » qui me fait bien rire !

Il est presque prêt, non?

Nous faisons tout pour y arriver, mais déposez donc des pré réservations au pied du sapin, le Père Noël, que je connais bien, fera des heures sup pour vous apporter l’album un peu plus tard !

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Dans vos albums vous employez des rythmes très variés. Comment définiriez-vous votre musique ?

A l’heure où la « musique » est d’abord une affaire de rythme (rap, techno, etc.) il est sans doute « ringard » d’écrire des chansons ! Car qu’est-ce qu’une chanson si ce n’est le carrefour entre trois choses : la musique, les paroles et ce quelque chose en plus qui fait que cette musique ne se conçoit pas sans ces paroles et réciproquement !

Mon inspiration étant très variée, il n’est donc pas étonnant que les rythmes qui l’accompagnent le soient aussi. Bien entendu, sauf exception, je privilégie les rythmes qui me sont naturels, ceux qui ont bercé mon enfance et mon adolescence.

 

Pourquoi Docteur Merlin ?

Merlin fait référence au film de J. Boorman « Excalibur » dans lequel apparaissait un Merlin à la fois cynique et humain, profond et superficiel, sérieux et amusant. Quant au « titre » de Docteur, hormis le fait que je le possède effectivement, il permet de me distancier du personnage mythique, de ne pas me prendre trop au sérieux.

 

Vos chansons évoquent très souvent la lignée, les ancêtres, vos enfants !

La génétique moderne nous a appris que la véritable éternité réside dans nos gènes (cf. ma chanson « Petit enfant qui va naître ») (NDLR : « Petit enfant » de l’album « Mémoire »). L’éternité existe pour nos peuples européens tant que nous transmettons la vie. Mais notre monde se base exclusivement sur l’individu, et nous avons perdu la notion de lignée. On ne fonde pas une civilisation sur l’individu. L’avenir c’est la plus longue mémoire, ce sont des valeurs qui se transmettent, un patrimoine génétique, culturel et parfois même financier. Il faut « Etre et durer » !

 

Votre femme et vous venez d’avoir votre cinquième enfant. Peut-on dire que dans la lutte contre le Génocide Européen qui est traité dans un article de ce site, il ne faut surtout pas se contenter de cérébraliser et de faire de belles théories, mais qu’il faut savoir « penser » avec ses tripes, ses gènes et mettre ses idées au bout de son « quiqui » pour les hommes et de son ventre pour les femmes ?

Avoir une nombreuse famille est un choix personnel. Il faut sans doute regretter que l’environnement culturel actuel ne favorise pas cette démarche. Mais je n’ai que faire de l’environnement culturel !

Heureusement en matière génétique la quantité n’exclue pas la qualité et réciproquement.

 

Quelle est l’influence du GRECE et de la sociobiologie sur vos idées et le texte de vos chansons ?

Je pense qu’il faut bien faire la différence entre :

- ce qu’on peut appeler « les idées du GRECE » que je résumerais (mais c’est là un jugement personnel et « de facto » limité) à quelques idées-force : tolérance, enracinement, Europe, paganisme (en ce qu’il est affirmation de l’originalité européenne face au totalitarisme sectaire des monothéismes moyen-orientaux)

- et certains travaux scientifiques que la « Nouvelle Droite » a introduit dans le débat des idées. La sociobiologie en fait partie, comme beaucoup d’autres (éthologie, néodarwinisme, etc.). Raisonner, s’engager, c’est d’abord s’intéresser, connaître, comprendre.

 

Dans la chanson « Terre d’Empire » de l’album « Europe » enregistré en 1986, vous présentez la chute du rideau de fer comme un fait inéluctable « dans un proche avenir ». L’histoire vous a donné raison, le Mur de Berlin est tombé en 1989. Est-ce la prescience du poète ?

Nous sommes un certain nombre, au GRECE comme ailleurs, a penser que les peuples n’ont pas dit leur dernier mot. Nous n’avons jamais considéré que l’empire Soviétique pouvait exister ad vitam æternam contre les peuples. Il fallait que cela s’écroule. Le « vœu pieux » du poète rejoignait les analyses politique d’Alain de Benoist ! et les événements nous ont donné raison. Tant mieux pour l’Europe.

 

Quelle évolution voyez-vous entre vos albums Europe (1986), Enchanté Dr Merlin (1988), et les albums récents Soleil de pierre et Brasillach ? (le récent album Mémoire étant surtout une reprise de certaines de vos meilleures chansons encore plus anciennes).

C’est une bonne question et je vous remercie de me l’avoir posée. Voilà l’objet d’une thèse ! L’introspection n’est pas mon fort. Évolution des thèmes, des musiques, des rythmes, de l’orchestration ? J’ai surtout l’impression d’avoir (déjà) beaucoup écrit ; chaque nouvelle chanson se devant d’être originale, demande de plus en plus de travail, de réflexion. Est-ce la raison pour laquelle je travaille de plus en plus sur des textes qui ne sont pas de moi ?

 

Qu’avez-vous en préparation ?

Mon rêve ! Devenir un vieux sage que les jeunes auteurs-compositeurs viendraient consulter comme un oracle, et ne plus faire l’histrion.

La réalité : j’adore être un histrion, faire plaisir à mes quelques « fans ». J’adore la scène et les applaudissements, j’aime séduire. Il y aura donc, sans doute, un prochain album.