Discographie



Entretien

A l’écoute de votre album, nous avons été marqué par la difficulté à déterminer votre style. Même si les étiquettes ne sont plus si importantes, comment vous définiriez-vous ?

Archéo-futuristes, orthodoxes et de stricte obédience !

Ce qui suppose au niveau musical une esthétique novatrice, en respectant les règles classiques (voire archaïques !) de l’harmonie. Ce qui fait que nos chansons sont audibles par tous, mélomanes ou non, même si le style parait original, au moins inhabituel, au départ.

 

Dans certains morceaux, la voix et l’ambiance musicale sont assez proches de Laibach, quelles sont vos influences musicales et intellectuelles ?

Nos influences sont variées, ce qui se ressent dans la diversité des arrangements de nos morceaux.

Laibach en est une, parmi d’autre, mais c’est vrai que nous admirons particulièrement la façon qu’ils ont de se renouveler à chaque album.

Stéphane, qui a une formation de guitariste classique, est un grand amateur de pop anglaise pour les guitares finement ciselées et de Wagner (pour les Walkiries ?).

Quant à moi, mes influences se trouvent plutôt dans la scène électronique, du Dark Wave au Métal indus. Mais tout cela ne se retrouve peut être pas tel quel dans l’album.

 

Le monde Romain est très présent tout au long de l’album, autant dans le livret que dans les titres (Devotio), pourquoi ces références ?

Le thème de la Devotio, le sacrifice personnel du Chef qui redresse une situation désespérée, nous semble extrêmement puissant. Pour tout vous dire, Stéphane a fait une thèse universitaire sur « Le rôle de l’Empereur Romain au combat ». Autant dire qu’il est relativement à l’aise sur la question. Malheureusement, il est en train d’étudier les stèles antiques (et les jeunes filles modernes) du coté de la Pannonie et ne pourra pas apporter ses brillantes lumières sur ce sujet… Ceci dit, le parallèle entre la Rome antique et le monde moderne est tellement évident et a tellement été abordé qu’il serait vain d’y revenir. Mêmes causes, mêmes effets : cosmopolitisme et dévirilisation entraînent inéluctablement la chute des civilisations, même les plus brillantes et les plus stables. Seul un retour aux valeurs archaïques pourra redonner l’énergie vitale nécessaire au redressement intellectuel, démographique et esthétique de l’Europe.

 

Votre album développe une vision apocalyptique de l’avenir à travers les thèmes du chaos, de la fin d’une époque (Au milieu des ruines, Ceux qui vont venir), avez-vous une approche profondément pessimiste de la politique et du futur ?

Nous n’avons pas la prétention d’être très novateurs intellectuellement (nous ne sommes que des musiciens après tout : de la Troisième fonction, comme n’importe quel artisan !).

Nous sommes évidemment très influencés par les philosophies de la décadence.

 

Est-ce pour autant une vision pessimiste du futur ?

Le chaos n’est pas forcément négatif s’il est nécessaire effectivement à l’accomplissement du renouveau.

Si nous ne pouvons être pour le moment que des hommes au milieu des Ruines, avec tout le détachement de l’enfant nietzschéen qui rit au monde, il ne faut pas douter que ce sera NOUS qui allons venir…

 

Une autre thématique dont on vous sent proches dans vos textes, c’est le fort sentiment d’appartenance à la civilisation Européenne. En effet, les références à une communauté suprême de destin et d’individus ne sont jamais faites vers la Nation mais vers l’Europe, pourquoi ?

Les institutions répondent à des nécessités historiques. La nation jacobine telle que nous la connaissons (telle que nous la connaissons surtout en France d’ailleurs !) est-elle adaptée aux défis à venir ? Ce n’est pas si sûr… Cependant, ce qui fait la force d’une institution, d’une idée, c’est la puissance de ses mythes fondateurs. L’unité civilisationnelle, ethnique et culturelle de l’Europe est beaucoup plus véridique et vérifiable que la République une et indivisible. Cela nous semble donc à terme beaucoup plus viable que la République Black Blanc Beur ! Un dernier point : voyagez en Europe, vous verrez que les Français sont, et de loin le peuple le plus décadent, cosmopolite et ethno-masochiste d’Europe (c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles nous travaillons tous les deux à l’étranger). Les dérives technocratiques, mondialistes et jacobines de l’Union Européenne sont malheureusement très souvent dues à l’influence française, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les souverainistes-passéistes… Les menaces actuelles, ce ne sont ni la « Bochie », ni l’invasion des archers du Prince Noir ! ! Plus que jamais, la Révolution sera Européenne, voire mondiale, ou ne sera pas !

 

Comme Laibach, vos textes sont, le plus souvent, en plusieurs langues (italien, français, allemand, anglais, latin), parfois dans la même chanson, pourquoi avoir fait ce choix ?

Dans un monde de plus en plus tribal, la musique est un vecteur puissant d’identification, elle a même rarement eu dans l’histoire une telle importance « identitaire » (au sens le plus large possible). C’est pourquoi nous avons choisi ce vecteur de propagande.

Elle peut être également un mode de communication, un moyen de créer des liens forts entre les différents groupes européens de militants, de développer les relations inter-nationales.

Pour cela, il faut savoir s’adapter et utiliser la langue de nos voisins, voire même, au risque de choquer : l’anglais.

Nous n’avons cependant pas voulu céder à la tentation du « tout anglais » pour deux raisons. D’abord parce qu’être identitaire c’est vouloir préserver la diversité.

Ensuite parce que chaque langue a sa propre musicalité qui s’adapte plus ou moins bien aux styles et aux ambiances des chansons.

 

Une de vos chansons, Will, est consacrée à la Russie et à son effroyable décadence, pourquoi avoir spécialement traité ce sujet ?

La Russie, et plus largement le monde slavo-orthodoxe pourrait être pour nous ce que les barbares germaniques ont été pour les Romains : une source de régénérescence. S’ils sont frappés par certaines de nos tares (faiblesse démographiques, entre autres), je ne pense pas qu’on puisse parler de décadence, au contraire. C’est un monde sauvage, instable, où la criminalité est présente à tous les niveaux de l’État, mais où subsiste encore l’esprit de résistance et de vitalité (et puis on trouve beaucoup de gens sympathiques dans certaines mafias de l’Est…). Bon, et puis cette chanson peut avoir d’autres niveaux de lecture que je vous laisse découvrir par vous même…

 

Après la sortie de ce premier album, avez-vous des projets dans l’immédiat ? Des concerts peut-être ?

Nous avons un grave problème pour les concerts : nous sommes expatriés tous les deux. Et un autre encore plus embêtant : ce n’est pas dans le même pays ! Cela ne nous dérange pas pour composer (auparavant, Stéphane vivait à Paris et moi à Nancy : être séparé de 300 km ou de 2 000, cela ne nous change pas beaucoup), mais limite sérieusement les possibilités de répétition… Accessoirement, cela nous arrange car c’est un exercice que nous n’apprécions pas énormément. 

 

Pour finir, une question un peu plus légère mais qui me turlupine le bec, pourquoi l’oméga a-t-il disparu de votre nom ?

D’abord pour des raisons de lisibilité (tout le monde n’a pas fait du grec et c’est déjà dur d’avoir à s’entendre appeler « haillons »). Ensuite parce que l’oméga limite sérieusement le choix dans les polices de caractères. Mais si les plaintes de ce genre se multiplient, on réfléchira sérieusement au retour du « « . 

 

Le mot de la fin ?

Apollon reviendra.